dimanche, 8 janvier 2017

«La mort de Saddam Hussein a été planifiée au lendemain du 9/11»


Dans une interview à la BBC, un ancien membre de la CIA qui travaillait en tant qu'interrogateur lors de la capture de Saddam Hussein a vivement critiqué l’intervention américaine en Irak, soutenant que cette guerre n'était absolument pas justifiée.

«Vous savez, ils avaient déjà tout manigancé depuis longtemps. Et juste après le 11 septembre, c'est là qu'ils ont signés l'arrêt de mort de Saddam Hussein.»

Tels ont été les mots de John Nixon, ancien agent de la CIA qui a notamment pris part à l'interrogatoire de Saddam Hussein après sa capture en 2003.

S'exprimant dans l'émission 4's Today Programme, sur la BBC, à propos des premiers jours du mandat de l'administration George W. Bush, l'ancien agent de la CIA a ajouté : «Nous avons eu l'impression qu'ils [l'administration Bush] considéraient l'Irak comme un "travail inachevé [...]. Nous n'avons pas vraiment compris ce que "travail inachevé" signifiait, mais nous savions que quelque chose se préparait.»

John Nixon a également affirmé que lors de son interrogatoire avec Saddam Hussein, il avait très vite compris que ce dernier n'avait développé aucune arme de destruction massive que ce soit.

Il s'est aussi prononcé contre la guerre en Irak à maintes reprises, affirmant que les Etats-Unis avaient commis une très grave erreur au sujet de l'intervention et que l'exécution de Saddam Hussein était «la dernière goutte qui a anéanti toute justification de cette guerre».

L'exécution de ce dernier a été selon lui comme une sorte de tribunal populaire, ajoutant que le chef d'Etat irakien était «la personne la plus digne dans la pièce».

"Arrestation" de Saddam Hussein par la TF121 (selon la version officielle)


Saddam Hussein a été exécuté en 2006, trois ans après avoir été capturé près de sa ville natale de Tikrit.

Commentant la vidéo de l'exécution, il a ajouté : «J'ai été terrifié, choqué, dégoûte par cette vidéo.»

«Nous sommes allés en Irak pour trouver des armes de destruction massive, pour aider à reconstruire l'Irak, pour établir un état de droit, pour donner au peuple irakien la démocratie. Et toutes ces choses se sont effondrées les unes après les autres», a conclu John Nixon.

John Nixon publie ses mémoires dans les jours à venir, Debriefing The President : The Interrogation Of Saddam Hussein, dans lesquelles il revient notamment sur l'interrogatoire de Saddam Hussein, un des plus marquants de sa carrière.

vendredi, 4 novembre 2016

Guantanamo : un rapport dénonce des «erreurs grossières»


Image d'archive. (photo: Keystone)


Huit Afghans ont été détenus pendant des années à Guantanamo alors que les éléments à charge étaient fragiles, imaginaires ou provenaient de rumeurs, a affirmé jeudi une ONG. Ils comptent parmi les Afghans restés le plus longtemps prisonniers dans la base américaine.

Certains y sont encore détenus, alors que d'autres ont récemment été transférés aux Emirats arabes unis. L'armée américaine n'a pas été en mesure d'étayer la moindre des accusations portées contre eux, selon l'AAN, l'Afghanistan Analysts Network, une organisation à but non lucratif.

Ces cas mettent en lumière les dangers de la détention arbitraire, une pratique susceptible d'aboutir à des erreurs judiciaires, dit l'AAN dans un rapport intitulé «Kafka à Cuba».

«Examiner le régime de détention américain à travers le prisme de la leçon afghane de Guantanamo soulève des questions sur l'efficacité du renseignement et de la justice américains», poursuit le rapport.

Vendeur de fleurs, concierge et épicier

Parmi les huit détenus en question figurent un vendeur de fleurs en plastique, un concierge et un épicier, accusés d'appartenir au réseau terroriste Al-Qaïda, d'être un financier des talibans ou encore d'appartenir à une cellule d'artificiers d'Al-Qaïda.

Le rapport souligne qu'aucun des huit hommes n'a été capturé sur le champ de bataille. Six ont été livrés à l'armée américaine par les armées pakistanaise ou afghane et deux ont été arrêtés sur la base de renseignements obtenus auprès d'indicateurs.

Les documents de l'accusation reposaient sur «des rumeurs, des preuves secrètes, des traductions erronées, des erreurs factuelles grossières et des témoignages obtenus sous la contrainte et la torture», selon l'AAN.

Confusions

En plus d'avoir commis de nombreuses erreurs géographiques, l'armée américaine a confondu des groupes armés qui avaient déposé les armes depuis longtemps ou qui n'avaient même jamais appartenu à la mouvance djihadiste, dit encore le rapport.

Les enquêteurs n'ont de surcroît jamais réussi à purger les dossiers des erreurs factuelles concernant les détenus tandis que les juridictions «ont lamentablement échoué à invoquer la responsabilité du pouvoir exécutif».

Le président Barack Obama, qui s'est engagé à fermer le centre de détention de Guantanamo à Cuba avant la fin de son mandat, s'efforce de le vider en transférant les détenus qui ne sont pas considérés comme une menace. Mais faute d'accord du Congrès, il semble peu probable qu'il puisse honorer sa promesse.

ATS

jeudi, 6 octobre 2016

Indemnisation des victimes du 11 septembre : le show continue




Dernière conséquence de la chute de l’Empire ottoman : l’impossible indemnisation des victimes des attentats du 11 septembre. Force est de constater que, depuis le démantèlement de la Turquie par le traité de Sèvres en 1920, lequel avait confié la gestion du Proche-Orient aux intérêts pétroliers naissants, le monde arabe et, par réaction, l’espace islamique mondial ne s’en sont jamais remis. Ni l’Europe…

Les Saoudiens, princes de l’ambiguïté, soutiennent et financent depuis quarante ans un islam intransigeant et international, lui-même prodrome de la radicalisation terroriste de la passe de Khyber à la Promenade des Anglais. Sans oublier New York, le 11 septembre 2001.

Entretenant la fiction d’une coalition arabo-islamique antiterroriste, les gouvernements américains ont maintenu que le royaume de Saoud est un pays allié, retardant ainsi la parution du rapport de la commission parlementaire sur l’attaque du 11 septembre, rapport seulement sorti cette année : un chef-d’œuvre de caviardage qui n’incrimine pas directement l’État saoudien, mais suggère un soutien actif et pro bono de la part d’un certain nombre d’« individus » influents du royaume.

La cause de la récente loi JASTA (Justice Against Sponsors of Terrorism Act) n’est pas dans son objet (l’indemnisation, par les tribunaux américains, des familles des victimes) mais dans le désir des gouvernements et des tribunaux américains d’étendre le principe d’extraterritorialité dont ils usent et abusent.

Le président Obama a exercé immédiatement son veto. Lequel vient d’être outrepassé cette semaine par une majorité qualifiée des parlementaires (deux tiers ou plus). En réalité, la loi, qui vise les États et non les personnes, ne produira rien car elle est inapplicable contre les individus. De plus, les présidents des deux Chambres viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à la faire amender afin d’en restreindre le champ.

Les « alliés » saoudiens, qui vivent déjà « Inside the Beltway », c’est-à-dire au sein du microcosme washingtonien où pullulent des milliers de lobbyistes, annoncent des rétorsions possibles. Par exemple en s’abstenant d’aider les Américains, horresco referens, dans leur lutte contre le terrorisme. Le site de La Tribune du 30 septembre fait état de la réaction de Salman Al-Dosary, rédacteur en chef du quotidien Asharq al-Awsat :

« Que se passerait-il si l’Arabie saoudite gelait sa coopération avec les États-Unis en matière d’antiterrorisme en réponse à [la loi] JASTA ? »
On se le demande… Le site présente également une perspective boudeuse, celle d’Abdoulkhalek Abdullah, analyste politique aux Émirats unis :

« Cette loi est le reflet d’une campagne anti-saoudienne. Il est temps de s’éloigner quelque peu de l’Amérique. »

Plusieurs commentateurs saoudiens, cités par le think tank russe Kateho, voient dans l’opération un jeu où Obama-Pilate a laissé passer une loi prétexte à d’ultérieures mesures législatives : le gel des actifs saoudiens au moment où les Occidentaux libèrent les 150 milliards iraniens.

En fait, observant le grignotage idéologique et financier saoudien sur leur propre territoire, les Américains se sont lassés. Alors, royaume de Saoud, ami ou ennemi ? Une bonne question pour Clinton, à l’occasion du prochain débat du 9 octobre.

André Archimbaud