vendredi, 4 novembre 2016

Guantanamo : un rapport dénonce des «erreurs grossières»


Image d'archive. (photo: Keystone)


Huit Afghans ont été détenus pendant des années à Guantanamo alors que les éléments à charge étaient fragiles, imaginaires ou provenaient de rumeurs, a affirmé jeudi une ONG. Ils comptent parmi les Afghans restés le plus longtemps prisonniers dans la base américaine.

Certains y sont encore détenus, alors que d'autres ont récemment été transférés aux Emirats arabes unis. L'armée américaine n'a pas été en mesure d'étayer la moindre des accusations portées contre eux, selon l'AAN, l'Afghanistan Analysts Network, une organisation à but non lucratif.

Ces cas mettent en lumière les dangers de la détention arbitraire, une pratique susceptible d'aboutir à des erreurs judiciaires, dit l'AAN dans un rapport intitulé «Kafka à Cuba».

«Examiner le régime de détention américain à travers le prisme de la leçon afghane de Guantanamo soulève des questions sur l'efficacité du renseignement et de la justice américains», poursuit le rapport.

Vendeur de fleurs, concierge et épicier

Parmi les huit détenus en question figurent un vendeur de fleurs en plastique, un concierge et un épicier, accusés d'appartenir au réseau terroriste Al-Qaïda, d'être un financier des talibans ou encore d'appartenir à une cellule d'artificiers d'Al-Qaïda.

Le rapport souligne qu'aucun des huit hommes n'a été capturé sur le champ de bataille. Six ont été livrés à l'armée américaine par les armées pakistanaise ou afghane et deux ont été arrêtés sur la base de renseignements obtenus auprès d'indicateurs.

Les documents de l'accusation reposaient sur «des rumeurs, des preuves secrètes, des traductions erronées, des erreurs factuelles grossières et des témoignages obtenus sous la contrainte et la torture», selon l'AAN.

Confusions

En plus d'avoir commis de nombreuses erreurs géographiques, l'armée américaine a confondu des groupes armés qui avaient déposé les armes depuis longtemps ou qui n'avaient même jamais appartenu à la mouvance djihadiste, dit encore le rapport.

Les enquêteurs n'ont de surcroît jamais réussi à purger les dossiers des erreurs factuelles concernant les détenus tandis que les juridictions «ont lamentablement échoué à invoquer la responsabilité du pouvoir exécutif».

Le président Barack Obama, qui s'est engagé à fermer le centre de détention de Guantanamo à Cuba avant la fin de son mandat, s'efforce de le vider en transférant les détenus qui ne sont pas considérés comme une menace. Mais faute d'accord du Congrès, il semble peu probable qu'il puisse honorer sa promesse.

ATS

jeudi, 6 octobre 2016

Indemnisation des victimes du 11 septembre : le show continue




Dernière conséquence de la chute de l’Empire ottoman : l’impossible indemnisation des victimes des attentats du 11 septembre. Force est de constater que, depuis le démantèlement de la Turquie par le traité de Sèvres en 1920, lequel avait confié la gestion du Proche-Orient aux intérêts pétroliers naissants, le monde arabe et, par réaction, l’espace islamique mondial ne s’en sont jamais remis. Ni l’Europe…

Les Saoudiens, princes de l’ambiguïté, soutiennent et financent depuis quarante ans un islam intransigeant et international, lui-même prodrome de la radicalisation terroriste de la passe de Khyber à la Promenade des Anglais. Sans oublier New York, le 11 septembre 2001.

Entretenant la fiction d’une coalition arabo-islamique antiterroriste, les gouvernements américains ont maintenu que le royaume de Saoud est un pays allié, retardant ainsi la parution du rapport de la commission parlementaire sur l’attaque du 11 septembre, rapport seulement sorti cette année : un chef-d’œuvre de caviardage qui n’incrimine pas directement l’État saoudien, mais suggère un soutien actif et pro bono de la part d’un certain nombre d’« individus » influents du royaume.

La cause de la récente loi JASTA (Justice Against Sponsors of Terrorism Act) n’est pas dans son objet (l’indemnisation, par les tribunaux américains, des familles des victimes) mais dans le désir des gouvernements et des tribunaux américains d’étendre le principe d’extraterritorialité dont ils usent et abusent.

Le président Obama a exercé immédiatement son veto. Lequel vient d’être outrepassé cette semaine par une majorité qualifiée des parlementaires (deux tiers ou plus). En réalité, la loi, qui vise les États et non les personnes, ne produira rien car elle est inapplicable contre les individus. De plus, les présidents des deux Chambres viennent d’annoncer qu’ils sont prêts à la faire amender afin d’en restreindre le champ.

Les « alliés » saoudiens, qui vivent déjà « Inside the Beltway », c’est-à-dire au sein du microcosme washingtonien où pullulent des milliers de lobbyistes, annoncent des rétorsions possibles. Par exemple en s’abstenant d’aider les Américains, horresco referens, dans leur lutte contre le terrorisme. Le site de La Tribune du 30 septembre fait état de la réaction de Salman Al-Dosary, rédacteur en chef du quotidien Asharq al-Awsat :

« Que se passerait-il si l’Arabie saoudite gelait sa coopération avec les États-Unis en matière d’antiterrorisme en réponse à [la loi] JASTA ? »
On se le demande… Le site présente également une perspective boudeuse, celle d’Abdoulkhalek Abdullah, analyste politique aux Émirats unis :

« Cette loi est le reflet d’une campagne anti-saoudienne. Il est temps de s’éloigner quelque peu de l’Amérique. »

Plusieurs commentateurs saoudiens, cités par le think tank russe Kateho, voient dans l’opération un jeu où Obama-Pilate a laissé passer une loi prétexte à d’ultérieures mesures législatives : le gel des actifs saoudiens au moment où les Occidentaux libèrent les 150 milliards iraniens.

En fait, observant le grignotage idéologique et financier saoudien sur leur propre territoire, les Américains se sont lassés. Alors, royaume de Saoud, ami ou ennemi ? Une bonne question pour Clinton, à l’occasion du prochain débat du 9 octobre.

André Archimbaud

Ben Laden a-t-il vraiment revendiqué les attentats du 11-Septembre ?